Une journée en terre bressane


PAR FLORENCE MARRILLET  /  PHOTOS GEORGES DUFOUR

Vendredi 20 septembre 2019, 49 “Poma’mis” (amis de Poma) se sont retrouvés pour une escapade en terre bressane.

A 7 heures précises, tous bien installés dans le bus, le top départ est donné, direction la Bresse de l’Ain, aussi appelée la Bresse savoyarde.

1ère escale : la ferme de la Forêt à Courtes

Nous sommes accueillis par Eric qui nous donne maintes explications sur cette ferme bressane authentique à colombages construite à la fin du 16è siècle, inscrite au titre des monuments historiques en 1930.

Tout d’abord à l’extérieur de la ferme.

La technique de construction est typique de la Bresse : des  poutres posées à même le sol (faute de pierres dans cette partie de la Bresse), une structure en bois (colombages), des tressages de bois (noisetier, frêne…) et un remplissage en torchis (terre crue).

Cette technique permet également de moduler la construction. Au fil du temps, la ferme de la Forêt a été remodelée : des ouvertures ont été agrandies, une partie de la maison a été démontée et reconstruite plus loin.

La façade principale s’ouvre à l’Est, au soleil levant, les pignons étroits au Nord et au Sud n’offrent qu’une prise réduite au vent ou à la bise.

La ferme de la Forêt appartenait à de riches propriétaires : la maison et la grange sont des bâtiments distincts, les fenêtres sont grandes (alors qu’il y avait à l’époque des taxes sur les ouvertures), la balustrade à l’étage est décorée par des croisillons, le domaine s’étendait sur 70 hectares. La cheminée sarrasine montre également l’aisance des propriétaires. Des “panouilles” de maïs sont accrochés sous la coursive.

Le toit est à quatre pans, en pente douce recouvert de tuiles romaines appelées “carrons”. Les “carronnières” (fabrique de tuiles et briques) étaient nombreuses en Bresse.

Sur la toiture s’élève une cheminée sarrasine (les cheminées des fermes de Bresse sont qualifiées de “sarrasines” par des érudits à la fin du XVIIIe siècle, intrigués par leur silhouette “différente”).La partie sommitale de la cheminée est appelée “mitre”, en briques, elle est ouvragée, décorée et surmontée d’une croix latine.

Il reste 35 cheminées sarrasines en Bresse, dont celle de la ferme de la Forêt et celle de la ferme auberge du Colombier où nous déjeunerons.

Avant de rentrer dans la ferme, notre guide nous indique que la poutre à très grosse section qui sort du bâtiment sert à maintenir la cheminée sarrasine. Elle a été datée de l’année 1581, elle a été coupée dans un chêne qui devait avoir au moins 150 ans. Elle mesure 10 mètres de long et pèse 4 tonnes.

 

Nous entrons dans la ferme, une grande pièce commune. Peu de meubles : des coffres, une maie (pétrin), des lits à colonnes garnis de rideaux, le berceau du nouveau né accroché au lit des parents en hauteur (pour éviter les rats et autres bestioles qui pouvaient traverser la maison), une “chaise à jumeau”, une chaise “tin te bien” (tiens toi bien)…

La ferme bressane faite de bois ne permet pas d’aménager des cheminées adossées contre les murs. Le foyer est donc au centre, surmonté d’une large hotte pyramidale (de 6 à 7 mètres de haut)  ouverte en son sommet (la mitre). La cheminée consomme peu de bois et ne fume pas.

Au fond,  adossé au mur, un “archebanc”, seul le maître de maison, les anciens et les invités de marque peuvent s’y asseoir, les accords qui y sont conclus ont valeur d’engagements.

La cuisine se fait à même le sol. Les repas sont principalement composés de soupes et potages, de  “gaudes” (maïs torréfié et mouliné en farine très fine),  peu de viande.

La crème est baratée pour faire du beurre (10 kg de crème pour 3 kg de beurre, le petit lait est donné aux cochons ou aux poulets).

Les aliments ne sont pas fumés mais sont salés.

A propos du sel, notre guide nous raconte une anecdote : à l’époque de la gabelle (taxe royale sur le sel), les bressans avaient eu l’ingéniosité de le cacher dans une chaise à double fond, ils faisaient asseoir la mémé sur la chaise et qui aurait osé aller voir sous ses jupons !

Sous la grande table (où seulement les hommes peuvent s’attabler, les femmes sont à l’écart), un grand trou au sol, des braises y sont déposées pour réchauffer les convives.

Dans la pièce suivante sont exposés différents ustensiles de la vie quotidienne et notamment un gros chaudron en cuivre pour cuire le “vin-cuit”, il s’agit d’une sorte de confiture du pauvre à base de pommes et de poires cuite pendant 20 heures et “vanlée” (remuée) à l’aide du “pétouillon” (grand bâton en bois). Pour obtenir 300 kg de compote, il faut faire cuire au moins 1 tonne 5 de fruits. Cette tradition se déroule encore chaque année début octobre.

Un mannequin est habillé en bressane, avec sur la tête un chapeau à cheminée recouvert de dentelles. Cette coiffe indiquait le statut marital et social, un grand nombre de rangs de dentelle était signe de richesse.

Dans le jardin de la ferme, le chanvre est cultivé. Une fois peigné, il servira à faire des cordages pour les bateaux mais aussi pour les cloches des églises, des draps, des nappes…

Nous ressortons de la ferme et nous pouvons nous rendre dans les granges où sont entreposés une multitude de matériel agricole : charrettes, outils des champs, charrues…

Dans le jardin, des légumes, des fleurs, des herbes aromatiques et un grand verger.

Et pour finir le poulailler, avec bien sur des poules et poulets de Bresse : pattes bleues, plumes blanches et crête rouge (cela ne vous rappelle pas un drapeau ? patriotique les poulets de Bresse, non !).

2ème escale : la ferme auberge du Colombier à Vernoux

Nous sommes accueillis par Christian dans cette belle ferme auberge bressane toute fleurie avec sa cheminée sarrasine.

La cuisine est simple, traditionnelle et délicieuse, les produits sont de la ferme, les poulets gambadent dans les champs, le gratin est cuit au feu de bois et que dire du pot de crème !

 

Au MENU : Charcuterie de pays (terrine de porc et saucisson), salade paysanne avec des gésiers, poulet de Bresse AOP  à la crème et gratin dauphinois cuit au feu de bois, fromage sec ou faisselle de Bresse et son maxi pot de crème et pour finir en douceur une tarte bressane cuite au feu de bois.

Nous nous sommes tous régalés. Il est déjà l’heure de partir, dommage, nous serions bien restés encore un peu.

3ème escale : l’artisan sabotier à Lescheroux

Nous allons assister à la fabrication d’un sabot. José nous invite dans son atelier.

Le sabot traditionnel est tout en bois, principalement en bouleau qui n’est pas trop lourd mais résistant et abondant en Bresse, il est aussi possible de travailler le pin, le frêne, le noyer…

Tout d’abord l’ébauche (en bois vert) du sabot est découpée à la scie, elle passe ensuite sur une machine qui permet à l’aide d’un seul modèle de tourner l’extérieur puis de creuser l’intérieur du sabot à l’aide d’une “cuillère”.

Les finitions se font sur l’établi appelé “la chèvre” à l’aide d’outils d’époque : le boutoir, les cuillères, la rouanne aussi appelée langue de belle mère et le couteau à parer.

 

Les sabots doivent sécher pendant 4 à 6 mois, ils vont rétrécir en largeur et en épaisseur mais la longueur restera identique. La pointure est en pouce.

Le sabot peut être sculpté, décoré ; un coussin (bride en cuir) peut-être rajouté sur le dessus.

Il faut environ ¾ d’heures pour confectionner un sabot.

José nous pose une devinette : pourquoi les sabots bressans sont pointus ? Comme le dit Georges Brassens, les sabots d’Hélène étaient tout crottés. Alors la pointe sert à décrotter les semelles des sabots.

4ème escale : le monastère royal de Brou à Bourg en Bresse

Julie nous attend devant le portail majestueux de l’église et nous la suivons à l’intérieur. Tout d’abord, elle nous raconte la vie de Marguerite d’Autriche, indispensable pour mieux appréhender notre visite.

Marguerite est née en 1480 à Bruxelles, elle est la fille de Marie de Bourgogne et de Maximilien de Habsbourg. Sa maman décède alors qu’elle n’a que deux ans. Elle est aussitôt mariée au Dauphin de France, Charles VIII, elle n’a que 11 ans lorsqu’il la répudie. Second mariage avec Don Juan d’Aragon, 7 mois plus tard, Don Juan décède.

A Bourg en Bresse, 3ème mariage avec Philibert le Beau Duc de Savoie. Enfin un véritable mariage d’amour. Mais le sort s’acharne, Philibert décède des suites d’un accident de chasse.

Veuve à 24 ans, Marguerite d’Autriche décide alors de bâtir aux portes de Bourg-en-Bresse le monastère royal de Brou pour abriter trois somptueux tombeaux (ceux de Philibert le Beau et de sa mère, et le sien propre), un chef-d’œuvre de l’art gothique flamboyant flamand.

Retournée en Belgique pour assurer la Régence dans l’attente de la majorité de son neveu Charles Quint, Marguerite choisit elle-même les chefs de chantiers, ainsi que les peintres et les sculpteurs – notamment l’architecte Louis van Bodeghem, le sculpteur Conrad Meit, le peintre Jehan Perréal et se fait envoyer à Malines des échantillons et des maquettes.

Marguerite meurt de la gangrène le 1er décembre 1530, elle ne verra jamais le monastère. L’Europe dut reconnaître avoir perdu une de ses plus brillantes têtes politiques. Femme de tête mais aussi de cœur, elle a toujours su arrêter les conflits à temps. Sa dépouille est portée au monastère de Brou en mai 1532 où elle se retrouve aux côtés de son défunt mari.

 

Julie nous invite à la suivre, tout d’abord dans les cloitres : le 1er, le plus petit est dédié à l’accueil, le second à la prière et à la méditation, le troisième cloître est celui des communs pour la vie quotidienne des moines augustins.

Nous entrons enfin dans la somptueuse église Saint-Nicolas-de-Tolentin édifiée de 1513 à 1532, surmontée d’un toit de tuiles vernissées polychromes. La nef est claire, blanche en pierre calcaire de Revermont. Les vitraux sont incolores d’origine. Elle est volontairement sobre pour contraster avec la richesse et l’exubérance du chœur. Aucune messe n’a jamais été célébrée dans l’église.

Avant de rentrer dans le chœur, Julie nous donne des informations sur le jubé (tribune séparant  la nef et le chœur) très travaillé, une vraie dentelle de pierres, avec de nombreux motifs de fleurs, de feuilles…, les initiales de Marguerite et Philibert sont attachées par un « lac d’amour » (lacet, également appelé nœud de Savoie).

Nous passons sous le jubé et entrons dans le chœur aux vastes proportions et au décor luxuriant.

Au fond cinq vitraux représentant le Christ, la vierge et Marie-Madeleine mais également Philibert le Beau présenté par saint Philibert de Tournus, Marguerite d’Autriche par saint Marguerite. De chaque coté, les blasons de leurs ancêtres.

Le tombeau de Philibert le Beau occupe le milieu du chœur. Il y est figuré deux fois : vivant les yeux ouverts en tenue d’apparat, les pieds appuyés à un lion à l’étage supérieur la tête tournée vers sa femme et les mains vers sa mère, et mort les yeux clos attendant la résurrection au niveau inférieur. Tout autour, des élégantes sibylles (prophétesses de l’Antiquité).

Le tombeau de Marguerite de Bourbon, mère de  Philibert, est creusé dans le mur sud. Les pleurants rappellent ceux des tombeaux des Ducs de Bourgogne à Dijon.

Le tombeau de Marguerite d’Autriche est en forme de baldaquin en dentelles de pierre, peuplé de statuettes de saints et de saintes.  Elle y est figurée également deux fois : morte au niveau inférieur avec un visage très jeune et vivante les yeux ouverts à l’étage du dessus.

Sur le coté, la chapelle de Marguerite d’Autriche est tout aussi remarquable, avec son vitrail de l’Assomption, et son retable en marbre blanc représentant les Sept Joies de la Vierge (l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, l’Adoration des Mages, l’Apparition du Christ à la Vierge, la Pentecôte et l’Assomption).

Il est 18 heures, les portes se referment et laissent en toute intimité Philibert et Marguerite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Le lien ci-dessous reprend toute la visite)

http://patrimoines.ain.fr/n/monastere-royal-de-brou-a-bourg-en-bresse/n:352

 

Nous rejoignons notre bus, heureux de notre journée et un peu fatigués. Mais pas de sieste, Mario nous offre un récital surprise, des chansons très bien interprétées et avec quelques libertés pour les paroles : Aline de Christophe s’est transformé en “et j’ai crié, crié Jacqueline pour qu’elle revienne”, Jean–François Michaël a chanté “Adieu jolie Candy”, Mario a préféré chanté  “Adieu jolie Cricri”.

A très bientôt pour une nouvelle escapade.

 

(Clique gauche sur les images pour les agrandir)

 

Crédit photos : Bourg-en-Bresse destinations - Office de Tourisme


DIAPORAMA PHOTO

 

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6 comments

  • Gérard BILLOUD

    Excellent reportage, texte et photos.
    Bravo à vous deux

  • Langonné

    Bonjour
    Nous avons passés une très belle journée.Un grand merci pour ces belles photos et les commentaires .Attendons avec impatience la sortie surprise…..
    Bonne journée a tous.
    Christine et Mario

  • MARC HENRI DEPREZ

    MARC DEPREZ
    Nous avons passé une excellente journée au « TOP CHRONO » Excellent rapport qui nous fait revivre notre journée, accompagné de magnifique photos. Grand MERCI aux membres du bureau pour cette belle journée..
    Bien Amicalent et à bientot pour notre journée surprise.

  • Odette CIALDELLA

    Bonjour

    Super reportage on s’y croirait, sincères félicitations à l’auteur du dessin du car de ses passagers.

    Amicalement

    OC

  • Martine Mallaval

    Nous avons passé une très belle journée.Je ne connaissais pas du tout et j’ai beaucoup apprécié.Le beau temps était de la parti!!!Très beau reportage.Merci à tous.Bisous.

  • Robin Maguy

    Journée très agréable passée en bonne compagnie avec les uns et les autres.
    Belle initiative en terminant dans la cathédrale de Brou;
    A bientôt pour d’autres visites

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